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Stéphane Ménard : la légende des entraîneurs de gardien

Stéphane m’a parlé qu’un écrivain faisait un livre à son sujet. Il m’a demandé de parler d’une anecdote que je me souviens. J’ai décidé de mettre sur papier les souvenirs les plus marquants que j’ai avec lui. Ça remonte à loin moi et Stef. Ma 2e année de gardien, quand j’étais novice. Ça doit faire 26 ans, parce que j’ai 35 aujourd’hui pis j’ai commencé à garder les buts vers 8-9 ans. J’espère que le format de ce texte vous conviendra pour vous aider dans votre écriture.

Dès le tout début de ma carrière de gardien, j’ai eu Stef comme entraîneur de gardien. Je me rappelle d’une des toutes premières fois où il m’a enseigné. J’étais avec un groupe dans une classe à Sorel. C’était des cours théoriques. Il nous enseignait la technique de base au tableau. Où se placer dans tel ou tel scénario. Puis, il nous montrait comment faire un papillon, sans équipement. Il capotait quand il y en avait un parmi nous qui avait un papillon large. Ça a l’air anodin, mais quand tu as 6 ans et qu’un coach fait du renforcement positif comme ça sur quelqu’un qui était souple, ça te motive à vouloir l’être toi aussi. Je vais parler de renforcement positif tout au long de ce texte puisque je trouve que c’est ça qui le caractérise le mieux en tant qu’entraîneur, du moins à mon avis. Stef est un maître dans l’art d’encourager les gardiens à travers de nombreux mots/cris/encouragements lorsqu’un gardien fait un bel arrêt. Sa passion pour le hockey, pour les gardiens, pour la victoire transcende en lui et lorsque ça sort suite à un bel arrêt, il n’y a rien de plus puissant pour encourager un gardien de but, pour le motiver à pousser ses limites, à tout faire pour gagner.

J’ai un autre bref souvenir de cette première année de coaching à l’aréna de St-Robert. Nous étions quelques gardiens du même âge, tous débutants. Nous faisions fassent à plusieurs lancers qui, maintenant que j’y pense avec du recul, devait avoir très peu de vélocité. Mais, à chaque fois qu’un de nous faisait un « gros » arrêt, Stef hurlait quelque chose du style « Wow!! Quel arrêt!!! ». Ce n’était pas juste une exclamation, il avait vraiment l’air impressionné. Je me rappelle encore l’euphorie que j’avais lorsque cela se produisait. Un kid de 6 ans qui fait un bel arrêt et se fait crier des encouragements suite à celui-ci par un adulte, c’est très puissant comme message, comme renforcement, comme motivation. Ça me poussait à en vouloir toujours plus.

Une ou deux années plus tard quand je suis tombé atome, je me rappelle encore une certaine pratique au Colisée Cardin à Sorel. On se faisait lancer dessus par des pee-wees, qui avaient des pas mal plus gros lancers que ceux que l’on était habitué. Il y en avait même un avec un puissant lancé frappé! Lol Je me souviens qu’un gardien avait été atteint à l’épaule suite à un puissant lancer. Dans ce temps-là l’équipement laissait encore beaucoup à désirer. On voyait la douleur du jeune suite au lancer. Et bien ce gardien était resté dans le filet et avait fini l’exercice malgré la douleur. Stef n’en revenait tout simplement pas. Il s’était mis à capoter encore une fois devant tout le monde. Il vantait les mérites du jeune qui était resté dans le filet malgré la force des lancers et la douleur. Autre leçon de vie que Stef

m’avait appris, même si ce n’était pas arrivé à moi. Toujours se relever malgré la douleur ou la difficulté de l’épreuve à laquelle on fait face. Il était tellement impressionné, j’avais compris le message. À partir de là, peu importe comment mes jambes brûlaient suite à un exercice, je continuais. Peu importe la douleur que je pouvais avoir suite à un lancer, je restais dans le filet. Un autre exemple pour montrer l’effet que peut avoir un évènement anodin pour un enfant.

Encore une fois atome, mais cette fois je crois l’année suivante. Pendant l’école de hockey à Contrecoeur l’été. C’était vers la fin de la semaine et des adultes nous lançaient dessus, non des atomes. Ils ne devaient pas lancer très fort mais j’étais trop jeune pour m’en rendre compte. Lorsque le temps des échappés fût venu, j’ai fait quelques très bons arrêts de la jambière à ras la glace. Stef se met à s’exclamer après mon deuxième ou troisième arrêts consécutifs : « Elle sort la pad mon Frank! ». Il me l’avait même redit dehors lors d’un hors glace devant tout le monde. Ces 2 évènements avaient mis l’emphase sur ma rapidité d’exécution que je ne m’étais pas rendu compte moi-même. Se le faire dire par un adulte, en plus un entraîneur de gardien, pi plus qu’une fois devant tout le monde, ça « boost » une confiance ça. De cette façon, tout simplement, Stef venait de me motiver incroyablement, mais surtout venait de me donner la meilleure des armes pour un enfant : une très forte confiance en moi. Ça, ça n’a vraiment pas de prix.

La même année je crois nous faisions une compétition de cardio sur le terrain de soccer à côté de l’aréna à Contrecoeur. Dans son discours avant de nous faire commencer, il nous avait dit que les meilleurs allaient faire un temps d’autours 5 minutes 5 minutes et demi pour je ne me rappelle plus combien de tours du terrain à la course. Il l’avait dit d’une façon qui était venu chercher en moi la plus profonde source de motivation. Il fallait que je fasse ce temps. Lorsque le signal de départ s’est fait entendre, je me suis mis à courir le plus rapidement possible. Nous étions plusieurs égaux au début car tout le monde avait la vitesse dans le tapis, mais moi je savais que j’allais les battre parce que j’étais capable de maintenir cette vitesse. Finalement, j’ai fait un temps d’environ 6 minutes et demi. Loin derrière le temps que Stef avait mentionné. Pourtant j’avais fini premier. Mais je n’étais pas seulement premier, j’avais fini avec un tour d’avance sur le 2e et plusieurs tours d’avance sur beaucoup de gens. Je n’étais aucunement satisfait. Je n’avais pas fait le temps que Stef nous avait mis comme objectif. C’est ça l’impact que Stef a sur nous en tant qu’entraîneur, le désir de toujours aller en chercher plus. J’ai fini avec un tour d’avance sur le 2e, mais c’était loin d’être à la hauteur de mes attentes, des attentes de Stef. Ce n’est que plusieurs années plus tard lorsque Stef comptait cette histoire que j’ai réalisé que j’avais fait un petit exploit cette journée-là.

L’année suivante, soit ma 1ere année pee-wee, Stef nous avait fait des tests d’entraînement physique avant le début de l’été à l’extérieur. L’un d’eux était qu’il fallait faire un tour de piste le plus rapidement possible. Encore une fois, le même type de discours avant de commencer. Les meilleurs font faire 1 minute 15 secondes. J’avais fait 1 :35. Le désappointement total. J’étais très loin de l’objectif de Stef. Marc-André Fleury était le seul qui avait terminé devant moi. J’étais vraiment découragé d’être si loin de l’objectif de Stef, mais il m’avait fait un speech avant que je parte pour l’été pour m’encourager à m’entraîner afin de réussir à atteindre cet objectif. Personne ne pouvait me motiver comme il savait le faire. Cet été là j’ai couru 5-6 à fois semaine pendant 35-40 pour battre le score obtenu avant l’été. À cette époque, il n’y avait vraiment pas beaucoup de jeunes qui s’entraînaient aussi intensément pour se

préparer pour à la saison prochaine. C’était assez remarquable pour cette période. Encore une fois, Stef avait eu tout un effet sur moi. Je suis revenu à la fin de l’été et nous avons refait ce test. Score : 1 :20. Je finis premier avec une bonne avance sur le 2e, mais je n’ai pas atteint l’objectif de 1 :15 de Stef. Je n’étais pas satisfait. J’en voulais toujours plus. L’influence de l’entraîneur.

Quelques années plus tard lorsque j’avais 16 ans, je m’entraînais au local de Stef à Ste-Julie en vue du camp du midget aaa. C’était très exigeant, comme ce l’est toujours avec Stef. On s’entrainait à l’intérieur devant des miroirs avec nos équipements de gardien (à pieds, il n’y avait pas de glace synthétique à l’époque), puis on allait courir dans la côte à côté de l’aréna. C’est là pendant un de ces entraînements qu’il s’est passé l’évènement le plus marquant pour moi avec Stef. Encore une fois, vous remarquerez à quel point c’est anodin. Nous étions allées faire des sprints à l’extérieur et nous revenions à l’intérieur pour poursuivre l’entraînement. Pour ce faire, nous avions besoin de descendre des marches pas très hautes. Nous les descendons tous et le dernier, Jonathan Forest si ma mémoire est bonne, décide de descendre en marchant sur la bordure en bois des marches au lieu d’emprunter les marches même comme nous l’avions tous fait avant. Ceci demandait une certaine agilité et un bon équilibre. Stef s’exclame! Il explose d’éloge à l’endroit de Jo. Il nous fait tous arrêter et revenir en haut des escaliers. C’est là qu’il nous dit : « Si tu veux être le meilleur, il faut toujours que tu fasses 1 mile de plus que le 2e ». Il nous a fait chacun redescendre en utilisant la bordure des marches. Cet évènement m’a grandement marqué, encore aujourd’hui. Il guide ma philosophie de vie. Il représente très bien ce que Stef a encouragé depuis que je le connais, le travail acharné pour atteindre nos objectifs. J’applique ce principe à chaque fois où je veux vraiment quelque chose, comme ce fût le cas dans ma carrière au hockey. J’essaie d’inculquer ce principe à chaque fois que j’enseigne moi aussi de jeunes gardiens de buts. J’essaie de partager l’héritage que Stéphane Ménard m’a laissé. Cet héritage, il peut se résumer avec cette courte phrase, mais Stef le présentait de bien des manières. Il fallait toujours aller chercher l’autre en avant de nous quand nous faisions des courses. Toujours. Il nous encourageait à travailler si fort parce que nous voulions gagner. Et puis nous ne voulions pas seulement gagner, il fallait « aller chercher la coupe » comme il l’a répéter des dizaines et des dizaines de fois. Ce n’était pas assez d’être bon, il fallait être le meilleur. Cet héritage nous forçait à nous dépasser, pour toujours aller en chercher plus.

Une fois ces leçons apprises au hockey par Stéphane, j’ai réalisé plus tard qu’elle m’avait aussi influencé dans ma vie personnelle, à l’école, au travail. La discipline, le dépassement de soi, la persévérance, tous des valeurs que j’ai apprises grâce non seulement à un entraîneur de gardien, mais à un professeur de vie. Stef a été la meilleure école que je pouvais avoir pour faire face à la vie. Les leçons que l'on apprend quand on est jeune nous forment et restent avec nous par la suite. Ces valeurs m'ont fait avancer dans la vie et me suivent encore. Je lui en suis extrêmement reconnaissant.

J’ai aussi un évènement peut-être un peu plus humoristique. Suite à ma dernière année junior majeur, je m’entraînais avec Stef avant d’aller jouer universitaire sur la glace à Ste-Julie. Pour une raison dont je ne me souviens pas, nous étions seulement 2 gardiens cette journée-là. Comme les entraînements sont extrêmement intenses et que normalement nous sommes 3 gardiens pour y faire fassent, la pratique est très difficile. Je la termine de peine et de misère et une fois dans la chambre après la douche, je suis obligé de m’allonger au sol, j’ai des picotements partout dans le corps et je ne me sens vraiment pas

bien. Je dis à Stef que j’ai besoin de sucre (j’avais déjà eu un épisode de la sorte cette saison là) Stef part en panique à la recherche de sucre. Il n’en trouve pas au restaurant de l’aréna et doit aller en courant en chercher au Tim Hortons de l’autre côté de la rue. À ce qu’il m’a raconté par la suite, la file est énorme et doit dépasser tout le monde pour me trouver des sachets de sucre. Il me ramène finalement ces sachets à la course et en panique. Il a eu une bonne frousse! J’ai finalement parti en ambulance cette journée là mais rien de grave n’est arrivé.

Pour terminer, Stef a eu un énorme impact dans ma vie. Non seulement en tant qu’entraîneur de gardien, mais en tant que coach de vie. Les valeurs apprises avec Steph sont gravées en moi pour toujours et me permettent d’avancer dans la vie. Maintenant, lorsque je coach à mon tour des gardiens de but, je m’efforce d’inculquer ces mêmes valeurs de la manière qu’il me l’a montré. J’essaie de faire énormément de renforcement positif, d’être très démonstratif lorsque l’un d’eux fait un gros arrêt, d’encourager le travail acharné. J’essaie de passer au suivant l’héritage de Stéphane Ménard

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